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Upper Fort Garry dans son environnement : systèmes naturels et ressources
par Robert Coutts

Pendant près d’un siècle, Upper Fort Garry faisait partie intégrante de la culture économique et politique de l’Ouest. De plus, c’était le cœur d’une colonie qui était, à bien des égards, un produit de son environnement physique – sa géographie et son climat.

Situé près de la fourche des rivières Rouge et Assiniboine, Upper Fort Garry se dressait sur une plaine dépourvue d’arbres. Historiquement, les berges étaient assez densément boisées, mais au moment de la construction du fort dans les années 1830, la colonie était largement dépouillée de ses arbres, abattus à des fins de construction et de bois de chauffage. Dans les  années 1840, les colons et les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) devaient parcourir de grandes distances pour trouver des arbres à abattre. En hiver, ils partaient en expédition aussi loin vers le nord que Bird’s Hill et le lac Winnipeg pour s’approvisionner en bois de chauffage tout d’abord, puis plus tard, en bois pour alimenter les bateaux à vapeur qui sillonnaient les deux rivières.

Les rivières représentaient l’élément vital de la communauté. Non seulement elles facilitaient les déplacements au sein de la colonie (les rares routes étant grossièrement aplanies et carrément impraticables à certains moments de l’année), mais elles étaient aussi des sources d’eau et de poisson. Les inondations périodiques affectaient de façon significative la colonie et le fonctionnement du fort. En 1826, une inondation désastreuse – la plus importante jamais enregistrée dans la région de la Rivière-Rouge – a détruit le Fort Garry entouré de palissades, et a mené à la construction d’Upper Fort Garry en pierre calcaire et en retrait de la rivière, sur une petite élévation de terrain. En outre, ce qui était peut-être plus important encore, la jonction des rivières Rouge et Assiniboine était le centre géographique définissant la colonie en établissement riverain – les lots riverains, longs et étroits, formant l’aménagement du territoire caractéristique de la région.

À partir du début du 19e siècle, les lots riverains servaient de toile pour une forme d’agriculture unique en son genre. Upper Fort Garry était le centre d’approvisionnement, devenant plus tard la porte d’entrée vers les riches terres agricoles de l’ouest.  

Des siècles avant l’arrivée des colons, les peuples autochtones avaient domestiqué des plantes, alors que l’agriculture se répandait vers le nord depuis les prairies du sud, et vers l’ouest depuis la forêt boréale. On a découvert des preuves d’une vaste culture de maïs dans la région de Lockport qui remonte au début du 15e siècle, soit environ 400 ans avant l’arrivée des colons de Selkirk. 

Par contre, l’agriculture demeurait une activité précaire à la Rivière-Rouge. Au début des années 1830, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) a établi une ferme « expérimentale » à La Fourche, espérant introduire des techniques et  technologies agricoles perfectionnées à une communauté naissante confrontée à de mauvaises récoltes et à des rendements médiocres. Cependant, en dépit d’investissements considérables, la ferme s’est soldée par un échec et a été fermée par la CBH en 1841. À Upper Fort Garry, on cultivait de plus petits potagers, et à la fin des années 1840, on établissait une bien plus grande ferme au Lower Fort Garry, situé à quelques 20 miles en aval.

Upper Fort Garry était le centre d’un commerce d’exportation de fourrures, ce qui a mené à un piégeage excessif dans certaines régions et au déclin drastique de la population de bisons.